Vendredi 25 septembre 2009
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Publié dans : Environnement
Voici le discours prononcé par Ségolène Royal à New York, devant l’Internationale Socialiste, réunie le 23 septembre 2009
dans l'enceinte des Nations Unies à New York.
Chers amis de l’Internationale Socialiste,
Je voudrais tout d’abord remercier Georges Papandréou, Président de l’Internationale socialiste et Président
du PASOK de nous donner l’occasion de nous réunir ici, aux Nations-Unies, en ce lieu si symbolique. Cher Georges, nous espérons chaleureusement que le peuple de Grèce t’accordera sa confiance
lors des élections générales qui se tiendront dans quelques jours.
Merci également à Ricardo Lagos, ancien Président du Chili, pour le remarquable rapport qu’il nous a remis,
au nom de la Commission pour une société durable. Ricardo, tu me confirmes dans l’idée que nous aurons plus que jamais, nous socialistes de tous les pays, une voix puissante et originale à faire
entendre à Copenhague.
Merci également à Jallal Talabani, Président de la République d’Irak d’être à nos côtés cet
après-midi.
Comme vous tous ici, je voudrais que les mots que nous prononçons soient déjà des actes. Et que « dire » soit
déjà « faire ».
J’étais à Rio en 1992 comme ministre de l’environnement de la France. Je suis à New-York en
2009.
17 ans.
17 longues années.
Et un sentiment qui gronde dans le cœur et l’âme des peuples du monde, un sentiment qui emporte tout, un
sentiment que nous connaissons bien, nous, progressistes, parce qu’il est au principe de notre engagement : la colère.
Tout a déjà été dit. Depuis longtemps. Depuis trop longtemps. Trop de mots. Trop de déclarations sans effets.
La valeur des engagements s’est émoussée, la valeur des serments s’est érodée.
Les beaux discours sur les tribunes. Les effets de manche. « Notre planète brûle et nous la regardons brûler
» ; « nous révolutionnerons le capitalisme financier ».
Et derrière, la petitesse et la rouerie, et tout le monde qui se regarde en chien de faïence, et tout le
monde qui regarde son voisin pour savoir s’il ne sera pas mieux traité.
Le bal des hypocrites.
Le bal des cyniques.
Le bal de ceux qui ne comprennent pas que le temps est venu.
Le bal de ceux qui ne voient pas que les peuples sont fatigués des simagrées des puissants.
Alors j’aimerais devant vous ne prononcer qu’un verbe.
Un verbe venu du tréfonds de notre conscience. Un verbe élémentaire. Un verbe clair et sonore,
ardent.
Un verbe pour redonner du courage aux millions de réfugiés climatiques.
Un verbe pour dire aux centaines de millions de victimes de la crise financière : « vos vies valent plus que
leurs profits »
Ce verbe, c’est le verbe « agir ».
J’ai écouté le Président Obama ce matin devant la tribune de l’Assemblée générale des Nations-Unies. J’ai
entendu la force de mots sobres et efficaces. Les mots « actions » et « responsabilité ».
Il a énoncé des règles simples et courageuses. « Donner l’exemple ». « Conjuguer nos forces pour inventer un
avenir meilleur ». « Agir sans attendre que d’autres aient fait le premier pas ».
Voilà ce que doit être une politique de générosité et de fraternité mondiale.
Il est des tournures d’esprit avec lesquels nous devons impérativement rompre : les jeux tactiques sans
retours, les stratégies à trois bandes, à cinq bandes, à milles bandes. « Si je fais un pas en avant, l’autre me suivra-t-il ? » ; « si je m’engage, moi, nation du Nord, dans une réduction de 80%
de mes émissions de gaz à effet de serre d’ici 2050, les pays émergents n’en profiteront-ils pas ? » « Si je durcis les conditions de rémunération des traders, les autres places financières n’en
tireront-elles pas un avantage à mon détriment ? »
Tout cela est fini. Les petits calculs de la realpolitik sont aussi dérisoires que vains lorsque ce qui est
en jeu, c’est la survie de l’espèce elle même.
Que cela ne nous empêche pas de raisonner en termes d’intérêt bien compris. Bien sûr. Car loin de nous l’idée
d’être des colombes naïves dans un univers d’acier. Mais je vous en conjure, regardons-le avec un peu de hauteur cet intérêt !
Car celui qui gagne, ce n’est pas celui qui ne lâche rien, c’est au contraire celui qui donne l’exemple et
fait le premier pas.
Celui qui gagne dans le jeu international, c’est celui qui s’attire l’amitié des peuples, celui qui noue de
nouvelles collaborations, celui qui respecte l’intérêt général.
Celui qui respecte contre celui qui méprise.
Celui qui est droit contre celui qui est tortueux et retors.
La nation la plus glorieuse aux yeux des générations futures, c’est celle qui, par la force contagieuse de sa
vertu, aura su mettre en mouvement toutes les autres ; c’est celle qui, sans mots dire, par sa seule obstination à agir pour le mieux, aura contraint toutes les autres à se justifier. Et à agir à
leur tour.
Regardez nos opinions publiques. Ne croyez-vous pas qu’elles demanderont des comptes à nos gouvernements si
elles voient que d’autres vont plus loin, plus vite ?
La perception de notre commune humanité ne doit pas nous conduire à nier les concurrences, les intérêts
divergents qui parfois nous opposent. Mais justement : retournons cette émulation, utilisons-là comme un levier d’Archimède, faisons en sorte qu’elle devienne une émulation pour le meilleur et
non pour le pire.
***
Chers amis
Il est des moments de l’histoire où tout se cristallise, tout se dessine, tout se noue, tout se
joue.
Nous vivons un tel moment.
Nous vivons une époque que les générations futures observeront en se disant : tout s’est décidé au cours de
ces quelques mois de l’année 2009.
Tout, c’est d’abord les négociations sur le climat. Et je ne veux pas avoir à dire un jour à mes petits
enfants : « nous n’avons pas été capables d’empêcher une hausse de la température du globe de plus de deux degrés, nous n’avons pas été capables de diminuer chez nous, dans les pays du Nord, nos
émissions de plus de 80%. »
Je ne veux pas avoir à confesser un tel échec.
Et je suis sûre qu’aucun de nous ici ne le veut.
Alors la feuille de route est claire : objectifs chiffrés contraignants, étape intermédiaire en 2020 avec une
réduction de 20% des rejets de gaz carbonique par rapport à 1990, réduction de 50% en 2050, 80 % pour les pays développés. Agissons enfin.
Tout, c’est ensuite l’avenir du capitalisme mondial. Je ne veux pas avoir à dire un jour à mes petits-enfants
: « nous n’avons pas été capables de prévenir la grande crise mondiale des années 2020. » Je ne le veux pas et je suis sûre que personne ici ne le veut.
D’une certaine manière, nous avons la chance de pouvoir prédire l’avenir : si nous réformons en profondeur le
système bancaire, par exemple en séparant banques de dépôts et banque d’affaires, si nous plafonnons les bonus des traders, si nous imposons des limites à la rémunération sans bornes que
prélèvent les actionnaires, au détriment des salariés et de l’investissement dans l’entreprise, si nous faisons tout cela alors nous pourrons regarder les générations futures avec la fierté du
devoir accompli.
Si nous ne le faisons pas, nous lirons dans leur regard un légitime reproche : celui de n’avoir pas fait tout
ce qui était en notre pouvoir pour leur épargner ce dont nous avons été nous même les victimes expiatoires.
Tout, c’est également le désarmement mondial. Il se passe ces jours-ci des évènements inédits. Pendant
quelques années, malgré la fin de la guerre froide, malgré la transformation profonde des conflits, nous avons pu croire que la réduction des arsenaux nucléaires marquait un pas. Mise en cause du
Traité ABM sur les missiles anti-missiles, projet de bouclier aux marches de la Russie : la course semblait relancée, avec des effets de réverbération mondiaux, en Corée du Nord et en Iran
notamment.
Des lueurs d’espoir apparaissent à nouveau. Enfin les Etats-Unis sont prêts à faire, courageusement, le
premier pas en faveur d’une réduction. C’est une chance pour le monde entier.
Soutenons ces efforts partout. Ceux qui justifient la prolifération en pointant du doigt les Etats-Unis en
seront pour leur frais.
Soyons vertueux partout. Nous n’en serons que plus légitimes pour combattre avec une fermeté et une
détermination sans faille toutes les formes de prolifération.
Tout, c’est enfin les inégalités Nord/Sud. Là aussi plus de grands discours. Plus de déclarations. Mais des
actes. Un prélèvement sur les transactions de change par exemple, cette fameuse contribution Tobin, dont on reparle à nouveau. Les opinions sont prêtes, aux gouvernements de leur emboîter le
pas.
***
Il y a 70 ans éclatait le second conflit mondial. Notre liberté, notre dignité, notre humanité étaient
menacées. Des Nations aussi antithétiques que les Etats-Unis d’Amérique et l’Union soviétique se rassemblaient pour vaincre un même péril. Unis face à la même menace, face à la même barbarie.
Unis par la même fraternité d’armes.
C’est avec le même esprit d’union internationale que nous devons renouer.
Le temps est à l’action, le temps est à la décision, le temps est la prise de conscience radicalement lucide
que tout se joue ces jours ci, ces semaines ci.
Nous avons encore la possibilité de décider librement de notre avenir. Mais nous n’avons plus beaucoup de
temps. A nous de faire notre devoir. A nous de faire ce qui est juste. A nous de donner le meilleure de nous pour un monde meilleur.
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Lundi 21 septembre 2009
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Publié dans : Environnement

N'en déplaise aux détracteurs de droite comme de gauche qui jouent le "Tout Sauf Ségolène" en accusant cette dernière de ne pas avoir de fond, ni d'idées... L’hebdomadaire Marianne a publié ce
samedi 12 septembre la retranscription d’un débat entre Cécile Duflot, secrétaire nationale de Verts et Ségolène Royal.
En voici la retranscription intégrale...
(propos recueillis par Renaud Dély et Laurent
Neumann - Marianne No 647.)
Marianne : Vous ne vous étiez jamais rencontrées. Un signe du manque de dialogue entre socialistes et écologistes ?
Cécile Duflot : Il y a plein de gens que je n’ai pas encore rencontrés. Et puis, il y a peu je n’étais pas une politique très identifiée…
Ségolène Royal : Je suis toujours pour le dialogue. Nous n’avons jamais eu l’occasion de nous rencontrer mais il n’est jamais trop tard pour bien faire.
Marianne : Vous êtes, Ségolène Royal, farouchement opposée à la taxe carbone et Daniel Cohn-Bendit a qualifié votre position de « ridicule » et « imbécile ». C’est aussi votre avis, Cécile
Duflot ?
Cécile Duflot : Je n’ai jamais utilisé ces termes. Je considère qu’il y a une urgente nécessité à changer notre mode de développement. Pour cela, il faut des outils dont,
notamment, une véritable fiscalité écologique. Mais la bonne idée n’est pas de remplacer des déficits de recettes fiscales par une taxe de plus. Il faut travailler à une meilleure isolation des
bâtiments, à nos modes de transports, aux économies d’énergies, à une taxation du gaspillage…
Ségolène Royal : Je ne suis pas en contradiction avec ça. L’objectif est de diminuer les gaz à effets de serre dans l’atmosphère. Tout dispositif doit être regardé à la lumière de
ce critère. Je trouve insupportable l’absence de volonté politique d’offrir au consommateur un vrai choix. C’est pourtant la priorité. Ensuite, il faudra instaurer une vrai fiscalité verte et
inciter chacun à choisir des modes de transports ou de chauffage non polluants, avec un système de bonus-malus par exemple. Les changements de comportements peuvent être extrêmement rapides. Les
gens ne demandent que ça. Or, il y a une double frustration : non seulement la taxe carbone existe déjà, c’est la TIPP, mais en plus on traite les gens de pollueurs alors qu’ils n’ont pas la
liberté de choisir des moyens de transport moins polluants.
Marianne : Pourtant pendant la campagne présidentielle de 2007, vous avez signé le pacte écologique de Nicolas Hulot où figurait cette idée de Taxe Carbone…
Ségolène Royal : ça, c’est l’argument de mauvaise foi de l’UMP. J’ai effectivement signé le Pacte de Nicolas Hulot mais Nicolas Sarkozy et François Fillon, qui le répète à
satiété, oublient juste de dire que j’ai accompagné ma signature d’une lettre extrêmement réservée sur la taxe carbone et ce pour 3 raisons : d’abord parce qu’il est inimaginable de créer une
taxe carbone sans taxer l’électricité ; ensuite parce qu’il faut absolument tenir compte des contraintes sociales qu’elle suppose ; enfin parce qu’elle ne sert pas de levier pour modifier en
profondeur les comportements individuels. A l’inverse dès que vous créer une système de bonus-malus, ça marche. Quand les gens ont la possibilité de choisir. Ils ne demandent qu’à être
écologistes. En Poitou-Charentes : j’ai crée un bonus sur les appareils ménagers, les chauffe-eau solaires, sur les achats de véhicules, les carnets de commandes sont pleins. Quand on proposera
la voiture électrique à 5000 € - et ce sera bientôt le cas d’Heuliez -, ça marchera aussi.
Cécile Duflot : C’est ce qui m’a choqué dans votre discours de La Rochelle : vous dites non à l’écotaxe, mais oui au soutien à l’industrie automobile, en particulier pour les
véhicules électriques. Le problème, et c’est sans doute une vraie différence entre socialistes et écologistes, c’est que nous partons du principe qu’on se dirige vers un épuisement des ressources
d’énergie fossiles. Ce serait une escroquerie – en particulier vis-à-vis des ménages en zone rurale – de ne pas préparer cette transition énergétique. Il ne suffit pas de créer une taxe comme le
suggère le gouvernement. Mais il est choquant de dire comme vous le faites, qu’on va pouvoir substituer par des progrès technologiques un mode de développement similaire à celui qu’on connaît
aujourd’hui. Tout le monde ne pourra pas remplacer sa voiture à essence par une voiture électrique. De même, on sait que les plus pollueurs ne sont pas les plus démunis. En revanche, les plus
fragiles sont ceux pour qui la hausse programmée du coût de l’énergie, en particulier de l’essence ou du fuel, sera insupportable. Notre responsabilité, c’est d’aller vers une imposition de la
consommation des ressources fossiles et de faire payer les produits à leur vrai coût social et environnemental.
Or le Président de la République n’a pas du tout pris conscience de l’enjeu. Au final, on ne touche pas au bouclier fiscal, mais on crée une fausse taxe carbone, qui est un pur scandale. Le piège
permanent qu’il nous tend, c’est de reprendre les mots des écolos, leurs idées, tout ce qui fait l’ADN des écologistes depuis 25 ans, pour les détourner et les vider de leur sens.
Marianne : Mais les deux tiers des français sont opposés à cette taxe carbone, y compris une d’électeurs écologistes…
Cécile Duflot : Ce qui est intéressant, c’est qu’un tiers des sondés est pour, alors qu’elle ne concerne pas l’électricité, qu’elle ne s’accompagne pas d’une véritable politique
énergétique et qu’il n’y a pas de redistribution intégrale.
Ségolène Royal : Je partage tout à fait ce point de vue. Il ne faut pas confondre fiscalité écologique et taxe carbone. Je me suis élevée contre le fait qu’il n’y ait pas de
liberté de choix pour le consommateur. Le gouvernement croit qu’avec la taxe carbone la fiscalité écologique est en route. Mais non ! Comment se fait-il par exemple qu’on ne dise pas un mot de la
fiscalité des compagnies pétrolières ? C’est tout de même hallucinant : l’année dernière Total a dégagé 14 Milliards d’Euros de profits, 9 Milliards sur les six premiers mois de l’année 2009 ! On
crée la Taxe Carbone, mais on ne touche pas aux profits de Total !
Marianne : En vous conviant à l’Elysée, Nicolas Sarkozy a obtenu ce qu’il voulait : une photo avec l’écolo Duflot sur le perron? Vous vous êtes fait rouler, non ?
Cécile Duflot : Je ne regrette pas du tout d’y être allée. Mais je peux le dire aujourd’hui : Nicolas Sarkozy nous a menti. Nous avons avancé des propositions et il a prétendu que
les arbitrages sur le contenu de cette taxe n’étaient pas fait. En vérité, tout était déjà décidé. Mais je compte sur l’intelligence des citoyens et des citoyennes : ce n’est parce qu’ils ont vu
Cécile Duflot sur le perron de l’Elysée qu’ils sont convaincus que Nicolas Sarkozy est devenu écolo !
Marianne : A droite comme à gauche, il y a une compétition pour savoir qui est le plus écologiste. Le gouvernement pour savoir qui est le plus écologiste. Le gouvernement a même rebaptisé la
taxe carbone la taxe Hulot…
Cécile Duflot : Depuis que Nicolas Sarkozy a été élu, il nous a fait le Grenelle de la main gauche et le plan de relance qui détruit tout le Grenelle de la main droite ! Les
citoyens ne sont pas dupes. Mais l’Humanité a rendez-vous avec elle-même à Copenhague en décembre et je ne peux pas tenir ce discours là et dire qu’il faut attendre 2012 et un changement de
Président pour essayer d’agir…
Ségolène Royal : Copenhague, c’est très important pour faire comprendre aux opinions les décisions à prendre. Si l’on fait quelque chose « contre » les gens et qu’ils vivent ces
décisions comme un prétexte pour leur prendre de l’argent, alors l’étape suivant sera beaucoup plus difficile. Il y a urgence et pourtant… Pourquoi n’y a-t-il pas encore eu une mutation de
l’industrie automobile vers la relance des transports collectifs ? Dès que l’on mets à disposition des trains et des transports collectifs sûrs et confortables, les gens abandonnent leur voiture.
En cinq ans, j’ai rénové les TER de la région et nous avons eu 40 % de fréquentation en plus ! Il y a un avenir pour les transports collectifs gratuits financés en taxant les superprofits des
compagnies pétrolières.
Cécile Duflot : Mais, à moyen terme, on va vers une diminution progressive des profits des compagnies pétrolières. Ce qu’il faut, c’est favoriser les transports collectifs,
notamment ferrés, par un effet « prix », et une politique de long terme qui aura ses effets dans quatre ou cinq ans. Les ménages qui trouvent aujourd’hui insupportables de payer 150 euros de plus
par an, verront alors qu’il pourront les récupérer notamment en isolation de leur bâtiment d’habitation, alors que cela sera totalement invivable quand le litre de super sans plomb sera à 2,50
euros…
Marianne : L’écologie ne serait donc plus seulement un luxe pour « bobos » des villes ?
Cécile Duflot : Mais les principales victimes de la question énergétique, ce sont les ménages les plus fragiles, ceux qui n’ont plus les moyens de payer des fortunes en
consommation. Souvent, dans les exécutifs, les socialistes avaient tendance à accorder aux Verts des petites délégations sur des sujets un peu périphériques comme les parcs et jardins. Cela
alimentait cette caricature d’amis des « bobos ». Or, les politiques écologiques doivent se situer au cœur du projet politique lui-même, dans le changement de mode de développement. Evidemment,
cela heurte l’ADN socialiste qui considère que plus de croissance permet une meilleure répartition et d’aider les plus fragiles.
Ségolène Royal : Moi, j’ai toujours professé la croissance durable. La croissance a trois pieds : l’économique, le social et l’environnemental. Et la fiscalité écologique n’a pas
pour objectif de faire rentrer de l’argent pour financer le déficit de l’Etat, elle vise à changer les comportements pour protéger la planète. La fiscalité du capital aussi doit financer le
développement durable. Avant de faire rentrer dans les caisses un impôt en prenant comme prétexte l’écologie, commençons par demander au gouvernement de remettre de l’ordre dans les finances
publiques ! Ensuite, mettons en place un système « pollueur-payeur » pour faire évoluer les comportements. Il faut aller beaucoup plus vite !
Marianne : Vous répétez que vous êtes « la candidate la plus écologiste ». Est-ce à dire que depuis leur succès aux européennes, on ne peut plus dire « non » aux écologistes ? La droite et la
gauche seraient condamnées à leur faire la danse du ventre ?
Ségolène Royal : Pas moi. Si je n’avais pas mis les pieds dans le plat, le débat sur la taxe carbone aurait-il eu lieu ? Qui aurait osé le dire ? Personne n’ose plus s’attaquer à
quelque chose qui a une étiquette « écologiste » !
Cécile Duflot : Ce qui m’agace, c’est que beaucoup de socialistes considèrent que les gens qui ont voté le 7 juin, étaient soit instrumentalisés, soit des victimes, bref, que ce
n’était qu’un accident ! La prise de conscience de la nécessité de changer nos modes de développement est beaucoup plus large que ce qu’on croit. Penser que les électeurs ont voté seulement par
défaut, parce qu’ils n’ont pas réfléchi ou parce qu’ils ont vu un film à la télé l’avant-veille, c’est une drôle de conception de la démocratie !
Marianne : Vous avez géré la région ensemble pendant six ans et Ségolène Royal se targue d’avoir un vrai bilan écologique. Pourquoi ne pas faire liste commune dès le premier tour des
régionales en Poitou-Charentes?
Cécile Duflot : L’élection régionale est une élection à deux tours, ce n’est pas un scandale démocratique que de pouvoir présenter des listes qui seront capables de fusionner pour
présenter un projet commun basé sur des compromis pour le deuxième tour. C’est respecter les électeurs qui ont voté pour les écologistes, le 7 juin, et qui ont droit à ce que les écologistes
soient à la hauteur de leurs attentes.
Marianne : Et vous Ségolène Royal, vous espérez encore accueillir sur votre liste aussi bien les Verts que le Modem de François Bayrou ?
Ségolène Royal : Au sujet de François Bayrou, je n’ai jamais varié ! J’ai toujours pensé que l’alternance se ferait forcément aussi avec le Centre. Pour les régionales, je crois que
les électeurs ont besoin qu’on fasse de la politique en s’appuyant sur des choses faites ensemble, à leur service. Je ferai tout pour réussir l’union dès le premier tour. Au conseil régional
Poitou-Charentes, les Verts ont beaucoup de liberté, beaucoup d’autonomie et beaucoup de pouvoir. Je n’ai eu qu’à m’en féliciter. Ils ont fait un travail formidable. J’entends le faire valoir
auprès des militants Verts et j’ai proposé d’aller m’exprimer devant eux.
Marianne : Est-ce qu’à vous présenter divisés au premier tour, vous ne risquez pas de faire gagner la droite en Poitou-Charentes, en Ile-de France où vous êtes candidate, ou ailleurs ?
Cécile Duflot : Est-ce vous croyez que faire campagne en disant : « Je suis un bon président, j’ai bien travaillé, réélisez-moi », c’est un projet politique ? La question pourrait
se poser question si je disais que la nouvelle stratégie des écologistes, c’est : « on est candidat, on veut dépasser les 10 % et au-dessus de 10 % on se maintiendra partout ». Mais ce n’est pas
le cas. Notre objectif est d’essayer de faire gagner l’écologie politique et d’être capable de passer des compromis avec la gauche pour avoir des majorités de gestion.
Ségolène Royal : Je souhaiterais que la région que je préside soit un laboratoire où se dessine de nouvelles recompositions politiques. Sur un territoire, il y a des logiques
d’actions communes où on fait des choses ensemble et on s’enrichit de nos différences. Quand on réinvestit dans les services publics parce que l’Etat se désengage, quand on fait des choix
d’aménagement du territoire là où l’Etat ne nous accompagne pas, quand on met la dimension écologique partout, on construit un modèle alternatif de société et pour y parvenir, on a besoin d’être
très fort et donc de s’unir dès le premier tour. Il ne faut pas se différencier artificiellement alors qu’on est à la tâche depuis six ans et que l’on se projette dans un projet de civilisation
commun pour le futur.
Cécile Duflot : Ségolène Royal est socialiste. Nous, nous sommes écologistes. Nous pouvons faire entendre notre différence, notamment pour faire vivre la solidarité entre les
régions, puis nous retrouver. Quant au Modem, je voudrais savoir ce qu’il y a dedans ? Je sais qu’il y a un chef, François Bayrou, candidat à la présidence de la République, mais je ne sais pas
ce que pense vraiment le Modem ! Ses grandes déclarations, ses appels à la gauche sont intéressants, mais il a un élu en Côte d’Or qui fait la bascule pour que la majorité du Conseil général
reste à droite ! Je voudrais comprendre...
Marianne : Mais au sein d’Europe Ecologie, vous allez aussi d’écologistes très centristes, voire droitiers, comme Hulot et ses amis jusqu’à José Bové ?
Cécile Duflot : L’élément commun de José Bové et des amis de Nicolas Hulot, c’est qu’ils sont écologistes ! Ce qui fait ce socle commun, c’est la nécessité de penser une planète
finie, avec des ressources finies, avec la nécessité d’un partage des richesses. « Moins de biens, plus de liens !». On ne croit pas qu’en en faisant des consommateurs, les citoyens se porteront
mieux. Et moi, je voudrais que l’écologie politique soit majoritaire en France. Le parti vert n’est pas structurellement condamné à faire 5 %.
Marianne : Vous serez donc candidate à l’élection présidentielle ?
Cécile Duflot : Nous ne sommes pas obsédés par l’élection présidentielle. Je réponds aux questions quand elles se posent, là, elle ne se pose pas.
Marianne : Vous Ségolène Royal, vous seriez favorable à ce que les Verts présentent un candidat aux primaires de toute la gauche ?
Ségolène Royal : Je suis favorable à tout ce qui permet la convergence la plus large et la plus solide possible pour préparer l’alternance. Moi, je pense que l’écologie ne peut
pas être de droite. Le réchauffement planétaire, c’est la conséquence d’un capitalisme outrancier qui fait que les ressources naturelles ne sont pas payées à leur juste prix et où il y a une
répartition atrocement inégalitaire à l’échelle de la planète.
Marianne : Ségolène Royal, vous avez bénéficié, un temps, d’un véritable état de grâce dans les médias. Puis, vous avez subi des traitements beaucoup plus rudes. Quel conseil donneriez-vous à
Cécile Duflot, nouvelle star de la scène politique nationale, pour se prémunir de ces médias qui lèchent, lâchent, puis lynchent?
Ségolène Royal : De rester elle-même.
Cécile Duflot : Je ne me sens pas menacée...
Ségolène Royal
: Plus on est exposé médiatiquement, plus on reçoit de chocs en retour. Quand on a des
convictions, que l’on reste soi-même et qu’on a une bonne équipe autour de soi, il faut avancer, je vous le souhaite.
Cécile Duflot : Vous verrez ce que je deviens, mais je n’ai pas changé et je ne changerai pas.
Marianne : Vous risquez de donner un coup de vieux à « Dany » Cohn-Bendit ? Il doit vous en vouloir de lui piquer la vedette ?
Cécile Duflot : Non, « Dany » est éternellement jeune.
Marianne : Pour une chef de parti, il est même ingérable ?
Cécile Duflot : C’est pour ça qu’il est rigolo. Si tout le monde était discipliné, on s’ennuierait un peu.
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Publié dans : Environnement
Ségolène Royal a déclaré mardi qu'elle signerait le "pacte écologique" de Nicolas Hulot, à l'issue d'un entretien d'une heure avec l'animateur dans son bureau de l'Assemblée nationale.
"Ce pacte, je le signerai", même si "j'apporte des nuances", a-t-elle indiqué à la sortie de la rencontre. Elle entend y apporter "des compléments", notamment sur les transports publics -sujet qui n'est pas abordé dans le pacte- la dimension européenne, les incitations aux entreprises "pour le développement des éco-industries" et "sur la réduction de toutes les substances dangereuses pour la santé publique".
Elle a même souhaité "aller au-delà de ce pacte". Sur la création du poste de vice-premier ministre chargé du développement durable, proposée par Nicolas Hulot, Ségolène Royal s'est montrée plus réticente, estimant qu'il ne fallait pas "tomber dans les annonces démagogiques ou artificielles. Mais je ne suis pas hostile à ce qu'il y ait une visibilité" de l'action en faveur du développement durable.
A propos de la "taxe carbone" chère à l'écologiste, elle a craint "une mesure punitive", même si Nicolas Hulot l'a assurée que son instauration se ferait "à fiscalité constante". Il vaut mieux "proposer une fiscalité écologique globale" et avoir "au niveau européen une TVA qui tend vers zéro" pour tous les produits des éco-industries, a dit la présidente de Poitou-Charentes.
Texte et photo avec AFP
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Mercredi 13 décembre 2006
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Publié dans : Environnement
S'adressant à la filière du bâtiment, Ségolène Royal a annoncé ce mardi que, si elle était élue à la présidence de la République en mai, tous les permis de construire seront conditionnés au respect de normes environnementales, et notamment à la prise en compte dans les constructions des énergies renouvelables.
"C'est un engagement que je prends dans le cadre de cette campagne: si je suis élue, tous les permis de construire devront obligatoirement intégrer les installations en énergie renouvelable", a promis la candidate socialiste lors d'une conférence de presse, à l'issue d'une rencontre avec Nicolas Hulot à l'Assemblée Nationale.
"Dans le permis qui est déposé, toute construction devra intégrer ou l'énergie solaire, ou l'énergie éolienne, ou la géothermie, ou l'énergie bois et l'utilisation des écomatériaux", a-t-elle précisé. "Les normes environnementales, si je suis élue, seront intégrées dans les autorisations administratives".
L'ancienne ministre de l'Environnement a assuré ne pas redouter de se mettre à dos les professionnels du secteur. "Je le dis dès maintenant à la filière du bâtiment et la filière de la construction et à l'ensemble des artisans: l'élection, c'est dans cinq mois et donc ils doivent anticiper ces nouvelles normes", a-t-elle martelé.
Ségolène Royal, qui avait déjà avancé cette proposition lors de la primaire du PS et en fait désormais une promesse de campagne, a assuré que cela permettrait de faire baisser les charges des loyers et de consommation d'énergie pour les particuliers. "Les charges baissent" et "ça permet de lutter contre le réchauffement climatique". Pour elle, "c'est du gagnant-gagnant".
La candidate s'est également engagée, si elle entre à l'Elysée, à lancer "un plan national de grands travaux sur l'isolation des bâtiments anciens". "Il y a 40% d'énergie qui est gaspillée, qui s'échappe des habitations", a-t-elle observé. Interrogée sur la façon dont ce vaste projet serait financé, elle a évoqué sans plus de précisions des "réorientations fiscales, des encouragements divers sur plusieurs années". Selon elle, ce plan permettrait de créer l'équivalent de 450.000 emplois.
Avec AP
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